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Interview dans Les Echos

par
  • Rose OUAHBA - Responsable Équipe Taux
05.12.2018
[Article image] Interview Rose Ouahba - Les Echos
Entretien réalisé par Les Echos et publié le 5 décembre 2018

« Nous abordons 2019 avec une grande prudence »

Le ralentissement de l'économie mondiale peut-il aller jusqu'à une récession aux Etats-Unis ?

Nous prévoyons plutôt un atterrissage en douceur de l'économie américaine, avec un taux de croissance de 2 % l'an prochain, encore largement au-delà de son potentiel. Cela devrait augmenter les pressions inflationnistes. Si une récession intervient, ce sera plutôt en 2020.

Les marchés ont les yeux rivés sur les taux américains et sur une inversion de la courbe. Quelle est votre analyse ?

Tout va dépendre de la suite que la Réserve fédérale va donner à son resserrement monétaire. Les propos de Jerome Powell, président de la Fed, disant que la décision dépendrait des données économiques ont été analysés comme accommodants. Il est possible que les marchés aient surinterprétés ses propos sur la proximité des taux actuels avec un niveau considéré comme neutre pour l'économie. La fourchette de « neutralité » est en effet très large, entre 2,5% et 3,5%, pour les membres de la Fed.

Les derniers indicateurs (PMI, ISM) sont plutôt positifs. La banque centrale pourrait donc manquer d'arguments pour justifier une suspension de hausses de taux. Toutefois, au-delà des prochaines semaines, nous faisons le pari d'une pentification de la courbe. En effet, cette stratégie traduirait soit un risque de ralentissement plus profond qu'anticipé ou bien à l'inverse un risque de pause mal anticipé par la Fed, qui exposerait la partie longue de la courbe à la reconstitution d'une prime d'inflation.

La BCE va-t-elle pouvoir entamer la remontée de ses taux l'an prochain ?

La BCE continue à dire que l'inflation est proche de sa cible, et qu'elle est toujours sur une prévision de resserrement monétaire. Mais il sera difficile pour Mario Draghi d'entamer un cycle de hausse des taux à un rythme soutenu. Les hausses interviendront plus probablement en 2020, voire pas du tout, selon l'évolution de l'économie mondiale et des tensions commerciales.

Quelle est votre stratégie pour 2019 ?

Nous abordons 2019 avec une grande prudence. Nous avons continué cette année à réduire le risque de nos portefeuilles. Nous sommes neutres sur les bons du trésor américains. Nous craignons également des mouvements sur les obligations d'entreprises, notamment celles notées BBB. Nombre d'entre elles sont susceptibles de basculer en catégorie spéculative. Du coup, nous avons fortement renforcé nos poches de cash. Celles-ci sont à leur plus haut niveau depuis 10 ans.

Pourriez-vous revoir cette stratégie ?

Pour que nous soyons plus optimistes, il faudrait que les tensions sur le commerce mondial cessent. Mais trouver un accord sera difficile, surtout en seulement 90 jours. Un apaisement des tensions politiques européennes serait bien sûr de bonne augure.