Flash Note

Interview exclusive L'AGEFI Hebdo

par
28.02.2019
David Older & Rose Ouahba

© Aude Boissaye

Entretien réalisé par Jérémie Gatignol et Sylvie Guyony pour L'AGEFI Hebdo et publié le 21 février 2019

Chez Carmignac, Rose Ouahba, responsable de l'équipe obligataire, et David Older, responsable de l'équipe actions, expliquent le passage de flambeau du fondateur.

Nous devons regagner la confiance de nos clients

Edouard Carmignac vous a passé le relais dans la gestion. Comment êtes-vous organisés ?

David Older : Rose et moi-même sommes désormais les seuls décisionnaires concernant la gestion du fonds Carmignac Patrimoine et je suis le seul décisionnaire sur Carmignac Investissement. Un comité d’investissement stratégique a été mis en place l’an dernier. Il est composé d’Édouard Carmignac, Frédéric Leroux (responsable d’équipe Cross Asset, NDLR), Didier Saint-Georges (responsable d’équipe Portfolio Advisors, NDLR), Rose et moi-même. Ce comité a un rôle consultatif et non décisionnaire. Nous nous réunissons une fois par semaine dans le but de mettre en perspective nos décisions d’investissement au regard de notre vision macroéconomique à long terme. Durant cette réunion, nous regardons l’ensemble de la gamme de fonds et pas uniquement Carmignac Patrimoine. Nous diffusons ensuite la vision de ce comité aux différents gérants du groupe, qui restent entièrement décisionnaires sur leurs investissements, mais peuvent se nourrir de nos échanges pour la gestion de leurs fonds.

Rose Ouahba : La succession d’Edouard Carmignac n’est pas arrivée d’un seul coup. C’est une chose à laquelle nous nous préparons avec David depuis quelque temps. Nous sommes tous les deux parfaitement conscients de cette occasion unique qui nous est offerte. Pour le moment, l’annonce a été bien accueillie par nos clients. L’année 2019 sera donc cruciale car nous devons faire nos preuves ! Nous sommes à la croisée des chemins de nos carrières et comptons bien saisir l’opportunité qui s’offre à nous. Nous n’avons pas le droit à l’erreur mais nous sommes confiants et très enthousiasmés par ce qui nous attend !

Comment justifiez-vous vos mauvais résultats de 2018 auprès des clients ?

Rose Ouahba : Nous ne sommes pas parvenus à faire notre travail aussi bien que nous l’aurions souhaité, que ce soit en termes de performances absolues, mais surtout au niveau de la préservation du capital de nos clients dans un contexte de marchés baissiers. Notre objectif pour 2019 est de regagner la confiance de nos clients. Nous avons toujours eu de très étroites relations avec eux et ils ont été déçus l’an passé. C’est donc avant tout un travail de reconquête de cette clientèle que nous devons effectuer.

Toujours avec Carmignac Patrimoine, et le même style de gestion ?

Rose Ouahba : Carmignac Patrimoine est une marque forte qui a créé un vrai concept sur le marché. Nous comptons bien lui redonner ses lettres de noblesse en redressant sa performance. Cependant, il est clair que nos efforts doivent désormais se répartir sur l’ensemble de notre gamme. Sur la partie fixed income, nous souhaitons devenir une référence de l’approche unconstrained (sans contrainte). Début 2019, nous avons lancé un fonds crédit international avec cette approche.

David Older : Edouard Carmignac a bâti sa réputation sur sa vision macroéconomique du marché et sa capacité à anticiper les grandes tendances de demain, soit une approche résolument top-down. Le duo que nous formons avec Rose est plus pragmatique et notre approche est beaucoup plus bottom-up. Il faudra s’attendre à ce que la sélection de titres devienne un réel moteur de performance au côté de notre expertise historique en macroéconomie et en allocation d’actifs. De plus, ayant pour ma part un background très orienté sur les technologies et les sociétés internet, le poids de ces secteurs et de tous les secteurs liés constituera une part importante de nos convictions de long terme. Il est évident que le recul pris par Édouard Carmignac tourne une page de la société et qu’une place plus importante sera accordée aux autres fonds actions. Cela étant dit, nous n’abandonnerons pas l’approche top-down, mais essayerons plutôt de mieux l’articuler avec notre vision bottom-up. De plus, nous ne comptons pas pour autant nous détourner du style « Patrimoine ». Nous avons même lancé en octobre dernier un nouveau fonds utilisant cette philosophie de gestion, qui est cette fois centré sur l’Europe : Carmignac Portfolio Patrimoine Europe. Il est co-géré par Mark Denham, responsable des actions européennes, et Keith Ney sur la partie obligataire, qui est le gérant de Carmignac Sécurité.

Allez-vous continuer à cibler d’abord les particuliers ?

Rose Ouahba : Édouard Carmignac est une personnalité très connue et importante pour la base de notre clientèle, qui est constituée de beaucoup de conseillers en gestion de patrimoine. Nous ne comptons pas changer notre ADN, ni nos clients. La clientèle retail reste donc la priorité de Carmignac, en France et à l’étranger.

La société Carmignac va-t-elle rester indépendante ?

Rose Ouahba : Bien sûr ! C’est un élément clef selon nous. Édouard Carmignac et sa famille détiennent toujours 71 % de la société, le reste étant alloué à différents collaborateurs, selon le principe de la méritocratie plutôt que de la position dans la société. Cette répartition devrait demeurer stable dans les années à venir.

Maxime Carmignac va-t-elle prendre la succession de son père à la direction ?

David Older : Depuis son arrivée en 2006, Maxime a pris de plus en plus de responsabilités. Elle dirige désormais le développement de la société au Royaume-Uni et si la décision reviendra évidemment à Édouard Carmignac et au conseil d’administration, il est évident qu’elle réunit aujourd’hui toutes les qualités nécessaires pour prendre la direction de la société.

Rose Ouahba : Le plus important selon moi est qu’elle le souhaite ardemment et qu’elle a les compétences pour le faire avec succès. Et puis c’est une femme, ce qui est une très bonne chose pour la diversité au sein de la gouvernance d’une entreprise !