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Avril 2017 Avril 2017

Paris, le

 

Madame, Monsieur,

 

  Comme je le pressentais dans ma dernière lettre, les marchés actions se sont bien comportés en ce premier trimestre, déjouant les nombreuses cassandres qui nous annonçaient un net regain de volatilité, devant être suscité notamment par l’ « imprévisibilité » de Donald Trump.

  La hausse du marché américain depuis son élection excédant 9.6%, doit-on pour autant en conclure que le populisme, à défaut d’apporter une réponse appropriée à un mécontentement général, aggravé d’un sentiment d’injustice, est en mesure de favoriser une reprise de l’activité? Que le nationalisme économique qu’il prône est réalisable dans un monde interdépendant et qu’il peut être porteur d’avenir en privilégiant la protection sur l’ambition et le conservatisme sur l’innovation ? En fait, nous sommes convaincus que le parcours enviable de la bourse américaine tient davantage à la reprise de l’activité globale en cours qu’à des promesses de campagne dont la réalisation suscite des interrogations grandissantes.

  Nous avons en mémoire cette jolie fable de La Fontaine, La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf . Elle enfla, enfla…si bien qu’elle en creva . Ce serait pure folie que d’imaginer qu’un pays aux dimensions de la France dont l’économie est aussi fragilisée et l’activité profondément imbriquée dans le tissu économique européen, puisse quitter la zone euro, faire imploser la construction européenne, sans grand dommage.

  L’Europe ne doit-elle être pour autant repensée ? Certainement. Bruxelles ne peut continuer à règlementer jusqu’aux normes des bidets et les conditions de fermentation des fromages, alors qu’elle s’avère incapable de mettre en place une politique d’immigration avisée. L’assouplissement des contraintes règlementaires est une nécessité impérieuse à l’échelle européenne. Mais elle ne sera effective que si elle est instaurée préalablement à l’échelle de chacun des Etats membres par l’adoption de programmes de réforme ambitieux visant à libérer les énergies tant au niveau individuel qu’à celui des entreprises. Cette libération doit nous permettre de saisir les multiples opportunités de croissance apportées par le monde de demain : repenser les modes de production et de consommation, l’habitat, le transport, l’énergie avec un prisme d’écologie intelligente…

  C’est à ce prix et à ce prix seulement, que nous éviterons la menace grandissante du triple naufrage culturel, sociétal et économique.

  Dans cet espoir, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de ma considération choisie.

Édouard Carmignac